Du 6 juillet au 16 septembre, le “Passage de Retz” organise une double exposition consacrée à “une collection privée de bijoux ” d’artistes célèbres (Dali, Miro, Picasso, Louise Bourgeois, Kiki Smith, Louise Nevelson) - intitulée “Bodyguard”, et une série d’oeuvres miniatures de l’artiste Sheila Hicks, “Hors normes-Sculptures textiles” ainsi que quatre sculptures et une installation de lianes tubulaires surprenantes, en adéquation avec la clarté de l’espace d’exposition…
Dans l’introduction à “Modern Women : Women Artists at the Museum of Modern Art” (Femmes Modernes : Artistes Femmes au Musée d’Art Moderne), un recueil d’essais nouvellement publié par le MoMA, Cornelia Butler affirme sa volonté d’explorer « comment les mouvements, les récits, et finalement les galeries et expositions de musées sont transformés dès que l’on introduit le genre comme catégorie »(1). Voilà précisément le projet d’une telle publication et des nombreuses manifestations qui l’accompagnent. Chaque département du MoMA a été en effet appelé cette année à organiser une exposition d’artistes femmes, donnant lieu à une soudaine visibilité de ces artistes au sein du MoMA, au risque de changer le récit dominant de l’histoire de l’art moderne. « Mind and Matter : Alternative Abstraction 1940s to Now, » une exposition de dessins, de livres illustrés et d’estampes, agrémentée de sculptures, a présenté un ensemble d’œuvres abstraites en opposition à la tradition dure et géométrique dominante(2). Les 12 artistes présentes dans l’exposition (dont 8 figurent dans l’exposition « elles ») explorent à travers l’art abstrait tout ce qui leur est personnel, vécu, concret, inspiré de leurs propres réalités physiques et psychologiques. Nous avons été en contact avec une des deux commissaires de l’exposition, Alexandra Schwartz, attachée de conservation au département Dessin.
L’artiste allemande Rosemarie Trockel, connue pour son humour acerbe et son point de vue féministe toujours provocateur, fait objet cet été de deux rétrospectives importantes en Suisse. Une, au Basel Kunstmuseum, offre un regard approfondi sur les dessins de l’artiste, qui forment une continuité importante au sein d’une œuvre multimédia très complexe et variée. Il s’agit d’une des plus importantes à avoir présenté cet aspect de son travail, trop souvent méconnu en faveur des médias plus « majeurs ». L’autre, « Déliquescence de la mère »au Kunsthalle Zurich, propose une perspective plus vaste sur Rosemarie Trockel, depuis les installations vidéos aux tableaux tricotés en passant par les plaques chauffantes. Les deux expositions, qui se rejoindront en 2011 à Bonn, attirent l’attention vers l’artiste, dont sept dessins et un tableau tricoté figureront dans le nouvel accrochage de « elles » en septembre.
Dans la salle ‘Genital Panic’ de l’exposition « elles, » parmi les photographies, peintures, films, à côté d’Aktionshose : Genitalpanik de VALIE EXPORT, s’impose une sculpture tissée en sisal, à la surface irrégulière. Elle a la forme d’un vagin démesuré, monumental, à l’intérieur noir et troublant. Il s’agit de l’’Abakan Grand Noir’ de Magdalena Abakanowicz. Figurant dans la première série d’œuvres majeures de l’artiste, l’œuvre semble fort éloignée de ses sculptures asexués en bronze regroupées en foule, comme dans Agora, 2005, ou de ses troncs d’arbre métamorphosés en cannons de la série ‘War Games’, 1987-89. Pourtant, malgré leur diversité, ces Å“uvres ont de nombreux points communs : toutes témoignent d’une exploration approfondie de la matière, créent un espace qu’il faut négocier, et font preuve d’une profonde sensibilité humaniste, formée par l’expérience du totalitarisme. S’il s’agit là de trois points de vue différents sur l’œuvre d’Abakanowicz, il est impossible de les séparer, de parler de l’un sans déborder sur les deux autres. Elle approche la condition humaine à travers les matériaux de son art, et vice versa – une identité de forme et de contenu dont l’œuvre tire sa puissance.
Dans le cadre de l’exposition monographique consacrée à l’artiste américaine Eva Hesse, la fondation Tapiès de Barcelone attire notre regard sur des Å“uvres préparatoires de l’artiste, peu montrées jusque là . « Studiowork », « travail d’étude » permet de mieux entreprendre les enjeux du bouleversement que connut la sculpture à l’aube des années soixante. Les matériaux se destinent à de nouvelles expérimentations novatrices ; chaque partie nécessite une attention propre, attribuant au médium son autonomie primordiale. L’exposition réunit pour la première fois une cinquantaine de pièces dispersées au sein de collections publiques et privées à travers le monde. Des miniatures jusqu’aux Å“uvres réalisées en papier mâché à la fin des années 60, déposées de façon posthume, à la mort de l’artiste dans de petites boîtes rehaussées de couleurs, l’exposition contribue à rendre publiques des Å“uvres inédites, sorties de l’oubli.
À l’occasion de la présentation thématique des collections « elles@centrepompidou », l’association Camille a émis le souhait de faire une donation de l’ensemble de sa collection au Mnam. Composée de 38 Å“uvres, la collection comprend plusieurs pièces majeures de l’histoire de la création des femmes artistes (Sophie Calle, Rebecca Horn, Véra Molnar, Aurélie Nemours, Louise Nevelson, ORLAN, Gina Pane, etc.). L’association Camille a été fondée en 1985 avec l’aide des Ministères du Droit des Femmes, de la Culture, et du mécénat privé. Composée d’amateurs d’art, elle s’est constituée dans le but de promouvoir et de favoriser la création des femmes artistes. Fort de cette volonté, elle a choisi son appellation en l’honneur de Camille Claudel. Nous avons eu l’occasion de rencontrer une des femmes à l’origine de ce projet, Marie-Claire Valène, co-fondatrice de l’association Camille.
Cette année 2010, à l’occasion de la publication du catalogue “Modern Women : Women Artists at the Museum of Modern Art”, le MoMA de New York, présente de nombreuses expositions d’artistes femmes. Parmi elles, une exposition de sculptures et d’œuvres sur papier de Lee Bontecou : « Lee Bontecou : ‘All Freedom in Every Sense », Cette sculptrice connut un vif succès dans les années soixante avant son retrait de la scène artistique. Redécouverte depuis une grande rétrospective dans trois musées américains en 2003 et 2004, Bontecou a sa place parmi les artistes les plus remarquables de l’époque, travaillant entre abstraction et représentation, peinture et sculpture, nature et artifice, le féminin et le masculin.
Une rétrospective est consacrée à Niki de Saint Phalle au château de Malbrouck jusqu’au 29 aout. Cette exposition a le mérite de présenter un ensemble de 130 Å“uvres de l’artiste, d’une grande hétérogénéité (peintures, projections vidéos, sculptures, sérigraphies), dans un cadre hors-norme. Alors que l’exposition « elles@ » s’ouvre par deux Å“uvres d’une grande symbolique, La Crucifixion et La Mariée, l’exposition du château de Malbrouck nous immisce dans l’antre fantastique de son travail, en nous proposant d’emblée des Å“uvres plus tardives : Les “Trois grâces”, “Totems”, “La Fontaine aux nanas”, ou encore “Adam et Ève”. Les couleurs tourbillonnantes des Nanas nous happent d’entrée. L’éclatement des couleurs dans la cour du château donne un aspect mouvant à ces sculptures étincelantes. De la « Mariée » aux « Nanas », quelque chose s’est rompu. Dans la lignée directe de ce que souhaitais Niki de Saint Phalle, l’exposition de Malbrouck aménage un espace dans lequel les Nanas s’emparent du monde: « J’ai rêvé de Nanas multicolores et géantes, qui pourraient prendre place à l’extérieur, au milieu d’un parc ou d’une place. Je voulais qu’elles prennent le pouvoir sur le monde. » confie l’artiste. Après de longues années de silence, l’exposition actuelle revêt un caractère inédit, en rendant hommage à cette artiste pionnière du XXe siècle dont les institutions consacrent peu de monographies. La rétrospective se place sous le haut patronnage de la Niki Charitable Art Foundation, la Shimoni Gallery et les membres du Conseil général de la Moselle, avec la participation de Bloum Cardenas, petite fille de l’artiste.
“Au revoir, merci, bonne journée” est une oeuvre de Valérie Mréjen, réalisée en 1997, elle est représentative de la pratique de cette artiste qui épingle les clichés et les phrases toutes faites. Depuis plus de dix ans, elle mutliplie les moyens d’expression: vidéos, photographies et écrits pour explorer l’intime, le langage, des thèmes universels dans lesquels chacun peut se retrouver. D’abord partie de ses propres souvenirs, Valérie Mréjen questionne à présent les autres sur leurs histoires. Elle a réalisé deux documentaires “Pork and Milk” (2004) et “Valvert” (2010). Elle prépare actuellement un long-métrage.
elles@centrepompidou a choisi de rencontrer cette artiste singulière.
De 1997 à 2004 vous avez réalisé 26 vidéos construites d’après le même principe : un scénario assez bref, basé sur un de vos souvenirs joué par des acteurs d’une manière très neutre, le tout filmé comme une déposition en plan fixe. Mais à partir de 2000 avec la trilogie : “Des larmes de sang”, “La Poire” et “Elisabeth”, vous avez décidé de changer de démarche et de laisser la parole aux autres, pourquoi et comment s’est fait ce changement ?
Au début, je suis partie de mes propres histoires, de mes souvenirs pour les scénariser. Je me suis inspirée de situations que j’avais traversées, qui, dans le fond n’avaient rien d’exceptionnel. J’avais écrit des petits dialogues et j’ai essayé d’en faire des scénarios assez courts. Le fait de les faire jouer par des acteurs, c’était une manière d’accepter, d’aimer ces souvenirs qui n’étaient pas très agréables. . Cela me permettait de prendre de la distance avec eux et de faire venir des gens qui allaient les interpréter à leur manière, qui allaient y ajouter autre chose. Comme j’ai fait beaucoup de vidéos sur ce modèle, à partir d’un certain moment j’ai vu la limite de cette série. C’était également une forme assez contrainte dans sa durée, avec des scènes très courtes, des plans séquences etc.
Le fait de faire parler les gens m’a amenée sur un terrain tourné davantage vers l’individu. Cela me permettait de créer un effet de miroitement, en ce sens que, la façon dont les gens racontent leurs souvenirs ou anecdotes, cela nous touche et nous rappelle des situations que nous avons tous vécues.
C’est comme si j’étais d’abord partie de mes propres souvenirs, angoisses ou anecdotes pour ensuite accepter d’interroger les autres sur les mêmes sujets.
Le Centre Pompidou organise, à partir de ce mercredi 23 juin 2010, une exposition inédite présentant les derniers travaux de la photographe Valérie Jouve. Le musée est la première grande institution parisienne à présenter une exposition personnelle de cette dernière, sous la direction du commissaire Quentin Bajac, conservateur et chef du cabinet de la photographie au Centre. Cet ensemble de photographies explore différentes dimensions de la présence de l’humain dans la ville. Valérie Jouve concentre ici son regard sur les communautés et populations arabes dans les territoires autonomes palestiniens. Inscrite dans une tradition photographique proche de celle de l’américain Walker Evans, Valérie Jouve saisit des figures entre image documentaire et mise en scène. “Donner à sentir ce que je sens. Je ne veux pas faire comprendre”, à travers cette phrase du “Journal de Palestine” publié à l’occasion de l’exposition, Valérie Jouve décrit une démarche intuitive. “En attente”, le titre de l’exposition évoque les moments de pause et les poses hors du temps qu’elle demande à ses personnages de réaliser. Basculant sans cesse entre réalité scrupuleuse et amorce fictionnelle, le travail de Valérie Jouve, dessine des territoires qui échappent à toute définition.