Voici une anecdote qui m’est arrivée lors d’un de mes voyages.

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J’étais dans l’aéroport de Wellington et j’avais besoin d’aller aux toilettes. Ma première réaction, en voyant les deux portes, a été de me diriger vers celle de droite. Mais après quelques pas, je me suis arrêtée net, je ne croyais pas à ce que je voyais. J’ai tout d’abord cherché des yeux d’autres toilettes, des toilettes avec le symbole d’un personnage en jupe mais il n’y en avait décidément pas. Embarassée, avec une envie pressante, je me trouvais devant ces toilettes publiques dans lesquelles je n’étais apparemment pas admise. Au début, j’ai trouvé ça amusant de bêtise mais très vite je me suis sentie humiliée et très mal à l’aise. Pour me soulager ne serait-ce qu’un peu, j’ai pris une photo.

Si l’on se penche sur la description de cette image, on peut dire qu’il y a deux portes de toilettes publiques. Sur celle de gauche (réservée aux hommes) se trouve un panneau sur lequel apparaît un mot, « male », ainsi que le symbole d’une personne debout. Cette porte est battante. La porte de droite à verrou, possède également un lettrage sur lequel est inscrit le mot, « toilets », et deux symboles : nurserie et handicapé.

Ce qui est frappant est avant tout le fait que ces toilettes soient divisées entre deux groupes à savoir : les « males » valides et les « autres ». Les « autres » comportent les handicapés, les parents ainsi que tous ceux qui ne sont pas des hommes valides, à savoir les femmes valides, entre autres. Par ailleurs, lorsqu’on examine le paysage social, on remarque que le pictogramme qui représente l’homme est également celui qui représente la figure humaine neutre. Les pictogrammes d’ascenseur, par exemple, ne sont pas réservés qu’aux hommes.
Il est intéressant de voir que l’on sait parfaitement dans quel cas les panneaux s’adressent aux hommes et dans quel cas ils s’adressent aux humains. Lorsque le lieu en question a un rapport avec le sexe, le dévoilement du corps, alors, les êtres humains sont séparés (toilettes, vestiaires…).

normalCeci nous informe clairement sur ce qu’est la norme dans nos sociétés, à savoir l’individu normal et légitime : l’homme valide.
C’est donc par la négation de l’individu normal, en se considérant comme « non-hommes » donc « non-légitimes » que les « autres » doivent s’identifier dans le cas des toilettes dans ce lieu où il se doit de séparer les individus.
Si la porte de droite ferme à clef, c’est probablement car ce qui doit y être fait est honteux. Toute chose occultée est assurément une chose méprisable. A l’inverse, la porte à battants, est faite pour que plusieurs hommes puissent s’introduire en même temps. La dissimulation n’est  pas nécessaire.
Une phrase qui illustre parfaitement, à mon avis, ce propos (écrite dans Le Monde du 05.08.09 dans un article sur le sexiste Petit Robert, nommé Féminin trop singulier) : « L’homme est pleinement déterminé par son humanité, la femme par son sexe ».

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La question est : comment se fait-il que les femmes se dirigent vers la porte de droite alors que leur symbole n’y figure pas ? En fait, celles-ci ne se dirigent pas réellement vers la porte de la droite mais : elles NE se dirigent tout d’abord PAS vers celle de gauche, c’est-à-dire qu’elles vont avant tout se définir comme la négation de l’homme. De plus, la femme dans la société, en plus de son statut d’homme imparfait, se voit souvent assigner des attributs maternels ou de femme-objet qui n’existe que par son physique. D’où son affectation aux toilettes de droite qui comportent les personnes « a-normales ».

Cette appréciation me semble primordiale si l’on veut améliorer la condition des femmes et leur permettre de trouver leur place dans une société qui les a longtemps dévalorisées. Si on prête un peu attention au monde qui nous entoure, il est très facile de trouver des exemples de ce type. Ceux-ci permettent à l’ordre établi de perdurer et de se renforcer. Ces « détails » redoutables sont sans cesse autour de nous, nous modèlent, nous orientent, nous socialisent selon cette norme arbitraire qui finit par nous apparaître évidente et naturelle. Ils nous persuadent que l’invisibilité de la femme est normale. Mais comment les femmes, si elles se définissent comme la négation d’un autre plutôt que par ce qu’elles sont vraiment, vont-elles réussir à s’épanouir en tant qu’individu féminin à part entière ?

Sarah Boucault

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