Mâkhi Xenakis, sculptrice et dessinatrice française, est formée d’abord auprès de Paul Virilio à l’architecture et aux décors de théâtre. C’est lors d’un séjour de deux ans à New York (1988-89) qu’elle se tourne définitivement vers sculpture et dessin ; sa rencontre avec Louise Bourgeois est ici déterminante, et elle publiera avec elle L’aveugle guidant l’aveugle en 1998 (rééd. en 2008). En 2004-2005, elle réalise l’installation des Folles d’Enfer à la Salpêtrière, qui voyage ensuite à la Passerelle, à Brest. Elle est maintenant accueillies définitivement dans dans la collection privée de Florence et Daniel Guerlain.
Les folles d’enfer, film réalisé par Mâkhi Xenakis lors de l’exposition au centre d’art La Passerelle, à Brest, 18 février-18 mars 2006 [extrait].

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[Cette oeuvre ne fait pas partie de l'accrochage elles@centrepompidou.]

© Mâkhi Xenakis

« Ce film est dédié à toutes les femmes anonymes de la Salpêtrière afin qu’elles ne replongent de nouveau dans l’oubli et que leur histoire nous aide à mieux comprendre la nôtre ».

Mâkhi Xenakis, 2006

En 2004, l’artiste Mâkhi Xenakis est invitée à exposer dans la chapelle Saint-Louis de l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière à Paris. Au cours de ses recherches sur l’histoire du lieu, elle parcourt les archives de l’Assistance publique et prend conscience du destin tragique réservé à d’innombrables femmes qui, au cours des siècles, ont été enfermées dans cette institution. Elle crée alors un ensemble de sculptures, inspirées de l’histoire de ces femmes, qui seront exposées dans la chapelle de la Salpêtrière, puis dans les jardins de l’hôpital. Parallèlement, elle écrit un texte, Les folles d’enfer, publié aux Éditions Actes Sud en 2004.

Cette vidéo inédite, réalisée par Mâkhi Xenakis, est constituée d’une bande son réalisée pour l’exposition dans la chapelle de la Salpêtrière ainsi que de photographies prises dans la chapelle, les jardins de la Salpêtrière et l’atelier de l’artiste.

La bande son fait entendre 15 voix de femmes disant des fragments du texte Les folles d’enfer, écrit par l’artiste.

Mâkhi Xenakis relie ainsi dans ce film le travail de sculpture, d’écriture et de photographie qu’elle a réalisé pour Les folles d’enfer.

« J’ai l’impression que depuis toujours, je cherche à parler de nous, de l’humain, de la vie. Qu’il s’agisse de mon travail de dessin, de sculpture ou d’écriture, je cherche à fixer cet instant suspendu où l’on prend parfois soudain conscience de cette évidence tellement sidérante que maintenant nous sommes vivants alors que plus tard nous ne le seront plus.

La question de la folie, de l’équilibre mental, est toujours présente dans mon travail. Je m’aventure souvent sur cette ligne étroite, ou le vertige de la chute n’est pas loin. Parce que j’ai l’impression que c’est dans ce moment fragile d’équilibre que l’on trouve ce qui constitue l’essentiel de l’humain et c’est cet endroit d’énergie et de vie que j’ai envie d’explorer. »

Mâkhi Xenakis, note, 2009

On peut lire sur le site internet d’Arte une interview de l’artiste, réalisée par Annie Chevallay et Pierre-André Boutang pour l’émission Métropolis et diffusée sur ARTE en  septembre 2004.
Extrait du livre Les Folles d’Enfer, Actes Sud, 2004 :

…à la Salpêtrière on prend les femmes mendiantes mais aussi de plus en plus les filles de joie
les folles les orphelines les libertines les protestantes les juives les impies les criminelles
les paralytique les ivrognes les mourantes les sorcières les mélancoliques les aveugles
les adultérines les voleuses les homosexuelles les épileptiques les magiciennes les convulsionnaires
les dépravées les séniles les idiotes les cartouchiennes les intrigantes les érotomanes
les filles gâtées les suicidaires les bohémiennes les filles grosses les crétines
mélangées entassées emprisonnées vieilles jeunes enfants
les familles les voisins les maris demandent dénoncent le Roi signe la police rafle
la Salpêtrière se construit s’organise s’agrandit de siècles en siècles
le plus grand lieu d’enfermement des femmes jusqu’à six mille huit mille détenues ensembles…

folle-denfer-13 

Photo de l’installation Les folles d’enfer (102 sculptures), collection privée Florence et Daniel Guerlain.

Un commentaire

  1. Sebastian Luna dit :

    Cette installation est une belle métaphore de la vie parallèle
    des pervers qui traduisent moyennant ses actes bizarres la part
    obscure de nous mêmes.

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