
Collection Camille Garapont/Ass. La Mémoire de Rose Valland
Rose Valland nait le 1er novembre 1898 à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, un petit village dans l’Isère. Dés le plus jeune âge, elle manifeste une passion particulière pour la peinture et des qualités artistiques certaines. Après avoir passé le certificat d’études supérieures à Grenoble, elle entre à l’Ecole Nationale des Beaux-arts de Lyon en 1919. En 1922, elle part à Paris ou elle intègre les Beaux-arts, puis s’inscrit à l’Ecole du Louvre et à l’institut d’art et d’archéologie de la Sorbonne. L’obtention de ces nombreux diplômes est suivie de plusieurs publications couronnées de succès. Passionnée et persévérante, Rose Valland parvient à entrer au Musée du Jeu de Paume en tant qu’attachée  de conservation bénévole en 1934.
Elle collabore à l’organisation de plusieurs grandes expositions et parvient peu à peu à consolider sa position au sein de ce musée d’avant-garde de l’art moderne. Mais tandis que Rose Valland se réjouit de sa réussite professionnelle, les premiers grondements de la guerre se font entendre. Sous l’impulsion de Jean Zay, ministre de l’Education Nationale et des Beaux-Arts, les musées élaborent aussitôt, dés 1936, un plan de protection des Å“uvres d’art. Une organisation spectaculaire voit alors le jour. Les acteurs du monde de l’art dressent les listes des dépôts, châteaux et abbayes pouvant accueillir les Å“uvres et mettent en place des plans d’évacuation minutieux. A partir de 1938, des convois impressionnants quittent les musées, acheminant les chefs-d’Å“uvre des musées parisiens vers des destinations espérées sures.
«La folie hitlérienne s’en prit également aux Å“uvres d’art»[1] commente Rose Valland dans son ouvrage «le Front de l’art» lorsque les troupes allemandes entrent sur le territoire français, en 1940. En effet, le Führer cultivait le projet de créer un gigantesque musée des Beaux-Arts germaniques, à Linz, en Autriche. Pour subvenir à ce désir démoniaque, Goering constitue un immense catalogue des objets culturels considérés comme étant d’origine germanique qui pourraient se trouver dans les pays occupés. Très vite, le champ est étendu: le 30 juin 1940, Hitler décrète un ordre de mise en sureté de tous les objets d’art se trouvant sur le sol français. S’il ordonne peu après la saisie de tous les musées français, les national-socialistes s’attaquent, dans les faits, d’abord aux collections appartenant à des propriétaires israélites. On assiste alors à la naissance d’un véritable système de pillage, rigoureux et méthodique, s’emparant peu à peu des plus grands chefs-d’Å“uvre de l’Histoire de l’art - souvent dans le seul but d’enrichir les collections personnelles de Goering. En parallèle, les Å“uvres de Picasso, Braque, Matisse, Dali et de bien d’autres, décriées comme «dégénérées», s’amoncellent en marge des collections somptueuses des dirigeants nazis. Ironie du sort: troqués contre d’autres Å“uvres, voir monnayées en l’échange de diamants, les créations des artistes les plus subversifs de l’art moderne se verront intégrées à l’économie guerrière pour devenir une source de revenus pour le Reich.
En attendant de les convoyer vers l’Allemagne, les Å“uvres dérobées sont entreposées au Jeu de Paume, transformé en hangar de conservation. Désirant «sauver au moins ce qui ne s’était pas effondré dans la bataille perdue, cette part capitale de la culture de notre pays»[2], Rose Valland parvient à persuader les allemands de maintenir son poste d’attachée de conservation. Au péril de sa vie, sans aucun plan précis, elle commence à établir un inventaire de toutes les Å“uvres qui déferlent devant ses yeux, note les noms des collectionneurs, recense la disposition des Å“uvres par les allemands et essaie d’apprendre ou se trouvent les dépôts vers lesquels elles sont dirigées. Pendant des années, Rose Valland un puzzle d’informations: «tout ce que je voyais et entendais finissait par constituer dans le fichier de ma mémoire et de mes notes, une importante réserve, d’après laquelle je m’efforçais de connaître autant que possible les opérations et les projets de l’E.R.R. Tout était à surveiller et à retenir car on ne sait jamais sur le moment le détail qui comptera plus tard»[3], témoigne-t-elle. A plusieurs reprises, elle risque de perdre son poste, tour à tour soupçonnée de vol, de sabotage ou d’espionnage. Forte d’une détermination à toute épreuve, elle revient à chaque fois, animée par le seul désir de parvenir à sauver les Å“uvres du désastre.
 Après plusieurs épreuves difficiles, notamment l’autodafé des Å“uvres «dégénérées» dans le jardin des Tuileries, en mai 1943, la résistance des Beaux-arts réalise son premier coup d’éclat peu après la libération, en aout 1944. Rose Valland et son directeur informent la SNCF qu’un train contenant 148 caisses emplies de chefs d’Å“uvre de Modigliani, Gauguin, Renoir ou encore Picasso est en route vers l’Allemagne. Le wagon parvient à être dérouté de son trajet initial et les Å“uvres sont finalement récupérées, saines et sauves. Cette première réussite est suivie, dés la fin de la guerre, de la création de la commission de récupération artistique (CRA), le 24 novembre 1944. Surnommée «la dame du Jeu de Paume», Rose Valland est nommée au secrétariat du CRA, poste qui lui revient de droit du fait de l’importante documentation qu’elle a rassemblé pendant la guerre. Grâce à ses précieuses informations, la commission parvient progressivement à retrouver plus de 60.000 Å“uvres enlevées et en restitue 45.000 à leurs propriétaires légitimes.
Au cours de son action pour le CRA, elle sera nommée lieutenant, puis capitaine de l’armée française, devenant l’agent de liaison officiel entre la CRA et le gouvernement français de la zone d’occupation allemande. Son engagement en faveur de la récupération des Å“uvres d’art se verra définitivement récompensé lorsqu’elle reçoit la reconnaissance de la Nation, puis le statut longtemps désiré de conservateur de musée, en 1952. Elle se voit alors confier de nombreuses missions de sauvetage, visant à préparer les collections artistiques au surgissement éventuel de nouveaux conflits. En 1961, elle publie son ouvrage Le Front de l’art, dans lequel elle relate la saisie des Å“uvres par les allemands, puis leur sauvetage. Jusqu’à sa mort en 1980, elle continue à œuvrer au classement du fonds d’archives de la  Commission de récupération artistique - aujourd’hui nommé «fonds Rose Valland».
Pour en savoir plus sur Rose Valland, vous pouvez consulter le site du Centre d’Histoire de la résistance et de la déportation à Lyon, qui organise l’exposition “La dame du jeu de paume: Rose Valland sur le front de l’art”: http://www.chrd.lyon.fr/chrd/sections/fr/actualites/event?id=576
 Marina Skalova

Collection Camille Garapont/Ass. La Mémoire de Rose Valland
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[1] Rose Valland, Le front de l’art, Editions de la réunion des musées nationaux, Paris, 1997, p.5
[2] Idem, p.26
[3] Ibid, p.79


