L’artiste allemande Rosemarie Trockel, connue pour son humour acerbe et son point de vue féministe toujours provocateur, fait objet cet été de deux rétrospectives importantes en Suisse. Une, au Basel Kunstmuseum, offre un regard approfondi sur les dessins de l’artiste, qui forment une continuité importante au sein d’une œuvre multimédia très complexe et variée. Il s’agit d’une des plus importantes à avoir présenté cet aspect de son travail, trop souvent méconnu en faveur des médias plus « majeurs ». L’autre, « Déliquescence de la mère »au Kunsthalle Zurich, propose une perspective plus vaste sur Rosemarie Trockel, depuis les installations vidéos aux tableaux tricotés en passant par les plaques chauffantes. Les deux expositions, qui se rejoindront en 2011 à Bonn, attirent l’attention vers l’artiste, dont sept dessins et un tableau tricoté figureront dans le nouvel accrochage de « elles » en septembre.

Dans la salle ‘Genital Panic’ de l’exposition « elles, » parmi les photographies, peintures, films, à côté d’Aktionshose : Genitalpanik de VALIE EXPORT, s’impose une sculpture tissée en sisal, à la surface irrégulière. Elle a la forme d’un vagin démesuré, monumental, à l’intérieur noir et troublant. Il s’agit de l’’Abakan Grand Noir’ de Magdalena Abakanowicz. Figurant dans la première série d’œuvres majeures de l’artiste, l’œuvre semble fort éloignée de ses sculptures asexués en bronze regroupées en foule, comme dans Agora, 2005, ou de ses troncs d’arbre métamorphosés en cannons de la série ‘War Games’, 1987-89. Pourtant, malgré leur diversité, ces œuvres ont de nombreux points communs : toutes témoignent d’une exploration approfondie de la matière, créent un espace qu’il faut négocier, et font preuve d’une profonde sensibilité humaniste, formée par l’expérience du totalitarisme. S’il s’agit là de trois points de vue différents sur l’œuvre d’Abakanowicz, il est impossible de les séparer, de parler de l’un sans déborder sur les deux autres. Elle approche la condition humaine à travers les matériaux de son art, et vice versa – une identité de forme et de contenu dont l’œuvre tire sa puissance.

Dans le cadre de l’exposition monographique consacrée à l’artiste américaine Eva Hesse, la fondation Tapiès de Barcelone attire notre regard sur des œuvres préparatoires de l’artiste, peu montrées jusque là. « Studiowork », « travail d’étude » permet de mieux entreprendre les enjeux du bouleversement que connut la sculpture à l’aube des années soixante. Les matériaux se destinent à de nouvelles expérimentations novatrices ; chaque partie nécessite une attention propre, attribuant au médium son autonomie primordiale. L’exposition réunit pour la première fois une cinquantaine de pièces dispersées au sein de collections publiques et privées à travers le monde. Des miniatures jusqu’aux œuvres réalisées en papier mâché à la fin des années 60, déposées de façon posthume, à la mort de l’artiste dans de petites boîtes rehaussées de couleurs, l’exposition contribue à rendre publiques des œuvres inédites, sorties de l’oubli.

À l’occasion de la présentation thématique des collections « elles@centrepompidou », l’association Camille a émis le souhait de faire une donation de l’ensemble de sa collection au Mnam. Composée de 38 œuvres, la collection comprend plusieurs pièces majeures de l’histoire de la création des femmes artistes (Sophie Calle, Rebecca Horn, Véra Molnar, Aurélie Nemours, Louise Nevelson, ORLAN, Gina Pane, etc.). L’association Camille a été fondée en 1985 avec l’aide des Ministères du Droit des Femmes, de la Culture, et du mécénat privé. Composée d’amateurs d’art, elle s’est constituée dans le but de promouvoir et de favoriser la création des femmes artistes. Fort de cette volonté, elle a choisi son appellation en l’honneur de Camille Claudel. Nous avons eu l’occasion de rencontrer une des femmes à l’origine de ce projet, Marie-Claire Valène, co-fondatrice de l’association Camille.

Cette année 2010, à l’occasion de la publication du catalogue “Modern Women : Women Artists at the Museum of Modern Art”, le MoMA de New York, présente de nombreuses expositions d’artistes femmes. Parmi elles, une exposition de sculptures et d’œuvres sur papier de Lee Bontecou : « Lee Bontecou : ‘All Freedom in Every Sense », Cette sculptrice connut un vif succès dans les années soixante avant son retrait de la scène artistique. Redécouverte depuis une grande rétrospective dans trois musées américains en 2003 et 2004, Bontecou a sa place parmi les artistes les plus remarquables de l’époque, travaillant entre abstraction et représentation, peinture et sculpture, nature et artifice, le féminin et le masculin.

Une rétrospective est consacrée à Niki de Saint Phalle au château de Malbrouck jusqu’au 29 aout. Cette exposition a le mérite de présenter un ensemble de 130 œuvres de l’artiste, d’une grande hétérogénéité (peintures, projections vidéos, sculptures, sérigraphies), dans un cadre hors-norme. Alors que l’exposition « elles@ » s’ouvre par deux œuvres d’une grande symbolique, La Crucifixion et La Mariée, l’exposition du château de Malbrouck nous immisce dans l’antre fantastique de son travail, en nous proposant d’emblée des œuvres plus tardives : Les “Trois grâces”, “Totems”, “La Fontaine aux nanas”, ou encore “Adam et Ève”. Les couleurs tourbillonnantes des Nanas nous happent d’entrée. L’éclatement des couleurs dans la cour du château donne un aspect mouvant à ces sculptures étincelantes. De la « Mariée » aux « Nanas », quelque chose s’est rompu. Dans la lignée directe de ce que souhaitais Niki de Saint Phalle, l’exposition de Malbrouck aménage un espace dans lequel les Nanas s’emparent du monde: « J’ai rêvé de Nanas multicolores et géantes, qui pourraient prendre place à l’extérieur, au milieu d’un parc ou d’une place. Je voulais qu’elles prennent le pouvoir sur le monde. » confie l’artiste. Après de longues années de silence, l’exposition actuelle revêt un caractère inédit, en rendant hommage à cette artiste pionnière du XXe siècle dont les institutions consacrent peu de monographies. La rétrospective se place sous le haut patronnage de la Niki Charitable Art Foundation, la Shimoni Gallery et les membres du Conseil général de la Moselle, avec la participation de Bloum Cardenas, petite fille de l’artiste.

“Au revoir, merci, bonne journée” est une oeuvre de Valérie Mréjen, réalisée en 1997, elle est représentative de la pratique de cette artiste qui épingle les clichés et les phrases toutes faites. Depuis plus de dix ans, elle mutliplie les moyens d’expression: vidéos, photographies et écrits pour explorer l’intime, le langage, des thèmes universels dans lesquels chacun peut se retrouver. D’abord partie de ses propres souvenirs, Valérie Mréjen questionne à présent les autres sur leurs histoires. Elle a réalisé deux documentaires “Pork and Milk” (2004) et “Valvert” (2010). Elle prépare actuellement un long-métrage.
elles@centrepompidou a choisi de rencontrer cette artiste singulière.

De 1997 à 2004 vous avez réalisé 26 vidéos construites d’après le même principe : un scénario assez bref, basé sur un de vos souvenirs joué par des acteurs d’une manière très neutre, le tout filmé comme une déposition en plan fixe. Mais à partir de 2000 avec la trilogie : “Des larmes de sang”, “La Poire” et “Elisabeth”, vous avez décidé de changer de démarche et de laisser la parole aux autres, pourquoi et comment s’est fait ce changement ?

Au début, je suis partie de mes propres histoires, de mes souvenirs pour les scénariser. Je me suis inspirée de situations que j’avais traversées, qui, dans le fond n’avaient rien d’exceptionnel. J’avais écrit des petits dialogues et j’ai essayé d’en faire des scénarios assez courts. Le fait de les faire jouer par des acteurs, c’était une manière d’accepter, d’aimer ces souvenirs qui n’étaient pas très agréables. . Cela me permettait de prendre de la distance avec eux et de faire venir des gens qui allaient les interpréter à leur manière, qui allaient y ajouter autre chose. Comme j’ai fait beaucoup de vidéos sur ce modèle, à partir d’un certain moment j’ai vu la limite de cette série. C’était également une forme assez contrainte dans sa durée, avec des scènes très courtes, des plans séquences etc.
Le fait de faire parler les gens m’a amenée sur un terrain tourné davantage vers l’individu. Cela me permettait de créer un effet de miroitement, en ce sens que, la façon dont les gens racontent leurs souvenirs ou anecdotes, cela nous touche et nous rappelle des situations que nous avons tous vécues.
C’est comme si j’étais d’abord partie de mes propres souvenirs, angoisses ou anecdotes pour ensuite accepter d’interroger les autres sur les mêmes sujets.

Le Centre Pompidou organise, à partir de ce mercredi 23 juin 2010, une exposition inédite présentant les derniers travaux de la photographe Valérie Jouve. Le musée est la première grande institution parisienne à présenter une exposition personnelle de cette dernière, sous la direction du commissaire Quentin Bajac, conservateur et chef du cabinet de la photographie au Centre. Cet ensemble de photographies explore différentes dimensions de la présence de l’humain dans la ville. Valérie Jouve concentre ici son regard sur les communautés et populations arabes dans les territoires autonomes palestiniens. Inscrite dans une tradition photographique proche de celle de l’américain Walker Evans, Valérie Jouve saisit des figures entre image documentaire et mise en scène. “Donner à sentir ce que je sens. Je ne veux pas faire comprendre”, à travers cette phrase du “Journal de Palestine” publié à l’occasion de l’exposition, Valérie Jouve décrit une démarche intuitive. “En attente”, le titre de l’exposition évoque les moments de pause et les poses hors du temps qu’elle demande à ses personnages de réaliser. Basculant sans cesse entre réalité scrupuleuse et amorce fictionnelle, le travail de Valérie Jouve, dessine des territoires qui échappent à toute définition.

« Je suis intéressée par l’art qui dérange et qui pousse la représentation du danger. »
Depuis plus de trente ans Marina Abramovic ne cesse en effet, de pousser et de repousser les limites du danger. Prenant comme médium et sujet de réflexion le corps, elle s’est infligée les pires souffrances : elle s’est entre autre tailladée le ventre, s’est allongée des heures sur un bloc de glace, a avalé des psychotropes… Le MoMA a consacré il y a quelques mois, une grande rétrospective à cette artiste hors norme, retraçant ses performances les plus marquantes, l’occasion aussi pour Marina Abramovic d’exécuter la performance la plus longue de sa carrière. Figure emblématique du Body Art, elle ouvrira en 2012 les portes de l’Institut des Arts de la Peformance à New York.
L’occasion de s’intéresser à son parcours et aux œuvres présentes dans l’acrrochage d’elles@centrepompidou.

Ce jeudi 3 Juin “Films de danse” vous propose la projection de trois films cinématographiques relatifs au travail des chorégraphes : Régine Chopinot, Catherine Diverrès et Mathilde Monnier.

Le cycle « Vidéodanse » - « Films de danse » du Centre Pompidou est consacré cette année aux femmes chorégraphes, en écho aux artistes présentées dans l’accrochage « elle@centrepompidou ». Le cycle se proposait d’inaugurer son agenda annuel, en présentant les œuvres de chorégraphes ou interprètes pionnières de la modernité dans le domaine de la danse : Mary Wigman, Martha Graham, Anna Halprin, Yvonne Rainer, afin d’aborder l’insufflation moderniste que connut l’évolution de la chorégraphie au cours du siècle. Aux Etats-Unis, la critique postmoderne va permettre de désenclaver la discipline afin d’envisager une approche dialectique et perméable proche des expérimentations performatives des artistes avant-gardistes de l’époque. Les artistes Trisha Brown, Pina Baush, Odile Duboc ou Maguy Marin, à travers différents langages chorégraphiques, proposent d’élargir le champ des possibilités déclenché par la danse moderne, pour mieux attirer le regard sur le monde.
Dans les années 80, le paysage chorégraphique français connaît de grandes mutations. Entre 1980 et 1990, les courants essaiment et se croisent dans une effervescence créative novatrice. De « nouvelles tendances » émergent. Les femmes chorégraphes investissent massivement la scène artistique internationale jusque là majoritairement modelée par d’imposantes figures masculines : Serge Diaghilev, Vaslav Nijinski, Merce Cunningham. Les chorégraphes Mathilde Monnier, Régine Chopinot et Catherine Diverrès appartiennent à cette génération charnière émergée des années 80, et dont l’investigation explore les antres d’une discipline extirpée de son lourd devoir de « représentation ». Le regard pluriel du chorégraphique permet en même temps que l’émancipation du corps des danseurs, la réévaluation de la gestuelle, comme langage à part entière. Les épigones des pionniers américains laissent place à des discours désencombrés des modèles importés, « empruntés », bousculant de ce pas, notre façon d’envisager la danse désormais imprégnée de théâtralité et privilégiant la finesse de l’écriture. Ainsi l’impulsion avant-gardiste française de ces années semble t’elle tenir moins de la recherche physique que de la réflexion intellectuelle.

Jeudi 3 Juin - 20H - Cinéma 2