MOT-CLEF :   art-et-genre

Quelles sont les relations entre art, féminité et féminisme? Existe-t-il une relation intrinsèque entre ces trois éléments? Et à partir de là, comment exposer les œuvres d’artistes femmes ? Ou, plus précisément: comment trouver un équilibre entre l’oubli des femmes de l’Histoire de l’art et une mise en valeur qui court toujours le risque d’une ségrégation ? Dans son article «Le féminin, le féminisme et elles », Anne Creissels, agrégée d’arts plastiques et docteure de l’EHESS en histoire et théorie des arts, tente de proposer une réponse à ces interrogations. Des années 70 jusqu’à nos jours, elle retrace historiquement les diverses associations entre art et féminité. Ce faisant, elle explore les différentes positions avancées par féministes et professionnels de l’art afin de questionner les enjeux de l’exposition d’œuvres d’artistes femmes. A travers cette posture critique, elle éclaire l’accrochage de elles@centrepompidou sous un jour nouveau, nous invitant à une mise en perspective intéressante.

Il y a peu la galerie Chantal Crousel nous présentait les dernières créations de celle qui fit sensation au Centre Georges Pompidou en 1994 avec son installation “Corps étrangers” (1994) – à voir dans la section « une chambre à soi » de l’accrochage « Elles » au niveau 4. Comme à son habitude, et pour notre plus grand plaisir ou effroi, l’artiste détourne les objets du quotidien en se jouant des échelles et des matériaux, plaçant alternativement le spectateur dans un état d’émerveillement et de stupeur. Ainsi sont associés des objets du quotidien comme des cheveux, des meubles… à des éléments de l’espace public comme des fils barbelés, boulets de canon…. Mona Hatoum se plaît à corrompre les objets du quotidien pour en révéler la violence et l’insécurité latente. Nous retrouvons dans cette exposition les leitmotive de l’artiste : les cartes géographiques (Routes V, 2008 ; 3-D Cities, 2008), les toiles et les grilles (Impenetrable, 2009 ; Hair Grids with Knots, 2006), les ampoules (Natura morta, 2010). Ces associations aux accents de confrontations puissantes perturbent la lecture du spectateur qui se perd dans la toile que tisse et défait l’artiste.

A l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femme le 8 mars, le Forum des Images des Halles accueille du 11 au 14 mars un cycle consacré au féminisme et cinéma intitulé “Je suis une femme, pourquoi pas vous?”. Cette manifestation, qui au rythme de projections de films d’Agnès Varda, Carol Roussopoulos, de Daniel Jaeggi entre autres, de rencontres et de colloques, nous invite à revenir sur 40 ans de cinéma féministe et à nous interroger sur l’impact des luttes des années 70 sur la société et le cinéma, ne pouvait commencer sous de meilleurs augures. C’est le 7 mars dernier que pour la première fois dans l’histoire des Oscars, une femme remporte la statuette du meilleur réalisateur. Katheryn Bigelow a, en effet, raflé pas moins de six statuettes dont les plus prestigieuses comme meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario, pour son film sur la guerre en Irak “Démineurs”. Un petit pas pour l’humanité, un pas de géant pour le cinéma.

Du 11 au 14 mars au Forum des images des Halles.

A l’heure des cyborgs et des nouveaux médias, nous remarquons, ces dernières années, un renouveau des arts textiles dans les foires et biennales. La broderie, la tapisserie, le tricot, longtemps cantonné au rang d’artisanat ou de travaux domestiques reservés “aux dames” furent au coeur d’une réévalutation pour ne pas dire d’une véritable révolution au cours du 20ème siècle. C’est ainsi ce que tente de montrer Sonia Recasens, étudiante en Master 2 à l’université Rennes 2, à travers son article intitulé “De l’art de tisser des liens” et que nous vous proposons de découvrir.

Les 5 et 6 février 2010 aura lieu au centre Pompidou, organisé en partenariat avec la Bibliothèque Publique d’Information et le Musée National d’Art Moderne, le colloque “Les Normes de genre dans la création contemporaine : reproduction/déconstruction”.

Voici le programme de ces deux journées, à l’occasion desquelles seront présentes, parmi les artistes de l’accrochage, Orlan et les Guerilla Girls.

“Les normes de genre dans la création contemporaine : reproduction/déconstruction”, Centre Pompidou, Petite Salle (niveau -1) entrée rue Saint-Martin (piazza).
Vendredi 5 14h-20h15, Samedi 6 14h-20h30.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Eléonore Antzenberger, enseignante à l’Université de Nîmes, nous offre une ballade aux confins de l’intime, avec son analyse de l’oeuvre troublante mais néanmoins touchante “Heartbeat” de l’artiste controversée du postmodernisme Nan Goldin. Dès le début de sa carrière, cette dernière fait de sa vie privée et de l’intimité ses sujets de prédilection.
“Hearbeat” 2000-2001, est à découvrir ou a redécouvrir dans la section “Le mot à l’oeuvre” au niveau 4 de l’accrochage (salle 18).

Nathalie Heinich est sociologue et directrice de recherche au CNRS. Ses recherches portent sur la sociologie de l’art. Elle a notamment publié de nombreux travaux sur le monde de l’art contemporain en France. Dans son ouvrage “Etre artiste. Les transformations du statut des peintres et des sculpteurs” (aux éditions Klincksieck), elle s’intéresse à la figure de l’artiste d’un point de vue historique en 50 questions. Cet extrait est tiré du chapitre 43. La sociologue se penche ici sur la place marginale qu’occupent les femmes dans l’histoire de l’art.

“L’histoire de l’art est, indubitablement, beaucoup plus riche en noms d’hommes que de femmes. Il est tentant alors de poser la question: pourquoi y eut-il aussi peu de femmes artistes? Mais c’est une question (…) mal posée. Car avant de considérer les différences de sexe, il faut s’interro­ger sur le statut de l’activité des producteurs d’images. (…) La question devient alors: y eut-il beaucoup de femmes exerçant un métier artisanal, ou une occupa­tion profession­nelle, ou une vocation artistique? (…)”

Psychophysiologie et transgression des genres chez la femme artiste

dans les milieux symbolistes et décadentistes au passage du siècle

(XIXe - XXe siècles)

« L’intrusion sérieuse de la femme dans l’art serait un désastre sans remède. Que deviendra-t-on quand des êtres dont l’esprit est aussi positif et terre-à-terre que l’esprit de la femme, quand des êtres aussi dépourvus du véritable don imaginatif, viendront apporter leur horrible jugeote artistique avec prétentions justifiées à l’appui ? »

Dans la continuité des essais d’Arthur Schopenhauer qui prétendait que la femme n’était « ni destinée aux grands travaux de l’intelligence, ni aux grands travaux matériels » , cette diatribe de Gustave Moreau à l’égard de l’artiste femme Marie Bashkirtseff, témoigne non seulement de la misogynie ambiante mais démontre également à quel point les femmes étaient peu encouragées à poursuivre une carrière artistique à la fin du XIXe siècle.

ART ET GENRE /

Maria Clark naît en 1968 en Angleterre dans une famille mixte franco-britannique. Elle vit et travaille à Paris. Son travail considère les problématiques du corps, du langage ; des territoires et des frontières. Il développe les thématiques du mouvement (corporel, migratoire) et de l’immobilité — poussée jusqu’à l’immobilisme. Ses propositions, de plus en plus engagées, s’inscrivent volontiers dans l’espace public de la rue. La première création de sa nouvelle série de performances sera présentée à Toulouse en septembre, Activist Bondage : Le corps de l’artiste, nu et immobile, fait œuvre. Artistique, esthétique et militant.

L’art corporel du modèle contemporain : mon expérience

Si je tiens ici à livrer mon témoignage, c’est qu’il me semble essentiel de rappeler que le modèle physique, source d’inspiration du vivant, a sa place justifiée dans le paysage de l’art contemporain. Les arts actuels ne sont pas seulement les «beaux-arts» ; et les «expériences artistiques» relèvent également du champ esthétique…

ART ET GENRE /

Alice Vergara Bastiand est membre de l’équipe du Centre National d’Art Contemporain de Grenoble - Le Magasin depuis 1986, et a coordonné un cursus de formation aux pratiques curatoriales. Les différents métiers qu’elle a pu exercer au Magasin lui ont apporté une connaissance fine des acteurs de l’art contemporain et des enjeux liés à la médiation des œuvres. L’année dernière, elle a donné un cours intitulé “La place des femmes dans l’art” à l’université de Grenoble. Dans cette tribune, Alice Vergara-Bastiand revient sur certaines expositions ayant marqué l’histoire des femmes dans l’art.