MOT-CLEF :   cinema-experimental

Le Gand Prix du Cinéma du Réel a été remis à Susana de Sousa Dias pour son film 48. C’est samedi 27 mars dernier que le Jury International, composé entre autres de Solveig Anspach, dont le film Louise Michelle la rebelle sera bientôt diffusé sur France Télévision, et de la réalisatrice iranienne Sepideh Farsi, a choisi de récompenser la force d’engagement d’un film qui est à l’image de la sélection du festival du Cinéma du Réel. Ce dernier s’évertue à jeter des ponts entre hier et demain, réalité et fiction, n’oubliant pas que dans documentaire, il y a document, dans le sens de trace, de témoin. La sélection du Cinéma du Réel met à l’honneur les artistes femmes et le féminisme avec des films de Carolee Schneeman, Yoko Ono, Maria Klonaris et Katherina Thomadaki, ainsi qu’une soirée consacrée au militantisme d’Angela Davis…

Maria Klonaris et Katerina Thomadaki sont deux artistes interdisciplinaires, plasticiennes, photographes, cinéastes, théoriciennes, créatrices d’installations et de performances. Originaires d’Athènes, elles travaillent ensemble à Paris depuis 1975 et ont composé une œuvre d’avant-garde, mariant réflexion féministe et expérimentation artistique. Au carrefour entre sciences humaines et arts de l’image, elles interrogent le corps, le genre et l’identité féminine sous tous leurs aspects. En déployant une approche hybride et transversale, elles construisent une esthétique singulière et envoutante, au potentiel critique explosif.

Au milieu des années 70, les deux artistes explorent le cinéma expérimental et inventent le cinéma corporel, visant à donner forme à la «dimension politique de l’identité féminine» - le corps, à la fois biologique, charnel et fruit d’une construction sociale. A travers l’invention de dispositifs nouveaux, la démultiplication des espaces de projection, le cinéma se fait à la fois outil de création et outil de contestation, dans lequel le corps s’incarne, devient médium, investissant le temps et l’espace à travers un labyrinthe d’images fixes ou mouvantes.

Dans le premier volet de leur Tétralogie corporelle (1976-1979), intitulé Double-Labyrinthe, les deux artistes se filment tour à tour, laissant éclore un double autoportrait : sujet regardant et objet regardé se confondent en un seul regard, abolissant les rôles de pouvoir traditionnels du cinéma. Cette rencontre entre le même et l’autre, l’identité et l’altérité permet de mettre en relief les résonances imaginaires, symboliques et inconscientes du corps féminin. Les deux artistes donnent ainsi naissance à un «cinéma du corps révolté mais aussi sublimé, ritualisé, traversé par la réapparition du multiple, du baroque, du magique, de l’archaïque, lieu passionné de la manifestation du dedans, espace mental, imaginaire et projectif.»

Nous vous invitons à découvrir la vidéo de Double-Labyrinthe, accompagnée d’un texte de présentation rédigé par les deux artistes en 1976.