MOT-CLEF :   corps

« Je suis intéressée par l’art qui dérange et qui pousse la représentation du danger. »
Depuis plus de trente ans Marina Abramovic ne cesse en effet, de pousser et de repousser les limites du danger. Prenant comme médium et sujet de réflexion le corps, elle s’est infligée les pires souffrances : elle s’est entre autre tailladée le ventre, s’est allongée des heures sur un bloc de glace, a avalé des psychotropes… Le MoMA a consacré il y a quelques mois, une grande rétrospective à cette artiste hors norme, retraçant ses performances les plus marquantes, l’occasion aussi pour Marina Abramovic d’exécuter la performance la plus longue de sa carrière. Figure emblématique du Body Art, elle ouvrira en 2012 les portes de l’Institut des Arts de la Peformance à New York.
L’occasion de s’intéresser à son parcours et aux œuvres présentes dans l’acrrochage d’elles@centrepompidou.

Maria Klonaris et Katerina Thomadaki sont deux artistes interdisciplinaires, plasticiennes, photographes, cinéastes, théoriciennes, créatrices d’installations et de performances. Originaires d’Athènes, elles travaillent ensemble à Paris depuis 1975 et ont composé une œuvre d’avant-garde, mariant réflexion féministe et expérimentation artistique. Au carrefour entre sciences humaines et arts de l’image, elles interrogent le corps, le genre et l’identité féminine sous tous leurs aspects. En déployant une approche hybride et transversale, elles construisent une esthétique singulière et envoutante, au potentiel critique explosif.

Au milieu des années 70, les deux artistes explorent le cinéma expérimental et inventent le cinéma corporel, visant à donner forme à la «dimension politique de l’identité féminine» - le corps, à la fois biologique, charnel et fruit d’une construction sociale. A travers l’invention de dispositifs nouveaux, la démultiplication des espaces de projection, le cinéma se fait à la fois outil de création et outil de contestation, dans lequel le corps s’incarne, devient médium, investissant le temps et l’espace à travers un labyrinthe d’images fixes ou mouvantes.

Dans le premier volet de leur Tétralogie corporelle (1976-1979), intitulé Double-Labyrinthe, les deux artistes se filment tour à tour, laissant éclore un double autoportrait : sujet regardant et objet regardé se confondent en un seul regard, abolissant les rôles de pouvoir traditionnels du cinéma. Cette rencontre entre le même et l’autre, l’identité et l’altérité permet de mettre en relief les résonances imaginaires, symboliques et inconscientes du corps féminin. Les deux artistes donnent ainsi naissance à un «cinéma du corps révolté mais aussi sublimé, ritualisé, traversé par la réapparition du multiple, du baroque, du magique, de l’archaïque, lieu passionné de la manifestation du dedans, espace mental, imaginaire et projectif.»

Nous vous invitons à découvrir la vidéo de Double-Labyrinthe, accompagnée d’un texte de présentation rédigé par les deux artistes en 1976.

Après les Etats-Unis, avec Wack! Art and The Feminist Revolution et Global Feminisms et la France avec elles@centrepompidou, c’est au tour de la Grande Bretagne de mettre à l’honneur les artistes femmes, avec en ce moment l’exposition The Body in Women’s Art Now à la Rollo Contemporary Art de Londres.

10 Films courts sur le sida et les femmes, réalisés par Karin Albou, Solveig Anspach, Sylvie Ballyot, Catherine Corsini, Christine Dory, Lola Frederich, Rachida Krim, Valérie Mréjen, Brigitte Sy et Sandrine Veysset, pour les 20 ans d’Act-Up Paris sont à découvrir sur arte du 30 novembre au 2 décembre.

JEUDI 5 NOVEMBRE 2009, à 20h00, Cinéma 2, centre Pompidou.

Soirée autour d’Anna Halprin, en présence de Jacqueline Caux composée d’une première diffusion française d’extraits de “Parades and Changes” et du portrait par Jacqueline Caux intitulé “WHO SAYS I HAVE TO DANCE IN A THEATER - ANNA HALPRIN”.

Comment classer cette chorégraphe exceptionnelle qui, actuellement encore, cherche à pratiquer son art dans une volonté avouée de le rendre util ? Fuyant l’effet de sclérose que peut entraîner la constitution en mouvement d’artistes pratiquant pourtant des ruptures qu’elle reconnait, Anna Halprin cherchera toute sa vie à renouveler, renforcer et faire aimer la danse.

ART ET GENRE /

Maria Clark naît en 1968 en Angleterre dans une famille mixte franco-britannique. Elle vit et travaille à Paris. Son travail considère les problématiques du corps, du langage ; des territoires et des frontières. Il développe les thématiques du mouvement (corporel, migratoire) et de l’immobilité — poussée jusqu’à l’immobilisme. Ses propositions, de plus en plus engagées, s’inscrivent volontiers dans l’espace public de la rue. La première création de sa nouvelle série de performances sera présentée à Toulouse en septembre, Activist Bondage : Le corps de l’artiste, nu et immobile, fait œuvre. Artistique, esthétique et militant.

L’art corporel du modèle contemporain : mon expérience

Si je tiens ici à livrer mon témoignage, c’est qu’il me semble essentiel de rappeler que le modèle physique, source d’inspiration du vivant, a sa place justifiée dans le paysage de l’art contemporain. Les arts actuels ne sont pas seulement les «beaux-arts» ; et les «expériences artistiques» relèvent également du champ esthétique…

Julia Hountou est pensionnaire en histoire de l’art à l’Académie de France à Rome - Villa Médicis pour une durée de douze mois, à compter d’avril 2009. Docteur en Histoire de l’art contemporain (qualifiée en 18ème et 22ème section), elle a travaillé sur “Les Actions de Gina Pane de 1968 à 1981″ dans le cadre de son doctorat soutenu à l’Université de Paris I - Panthéon - Sorbonne. Sa thèse a pris la forme d’un ouvrage intitulé “Les Actions de Gina Pane de 1968 à 1981 : De la fusion avec la nature à l’empathie sociale” qui doit paraître prochainement aux éditions des Archives Contemporaines, en collaboration avec l’École Normale Supérieure des Lettres et Sciences Humaines de Lyon.

Elle fait ici l’analyse d’”Autoportrait(s)” (Paris, 1973), une action de Gina Pane exposée dans elles@centrepompidou.

Vanitas - Robe de chair pour albinos anorexique de Jana Sterbak (1987) est exposée dans la section Corps Slogan de l’accrochage. Cette élégante « robe de chair » est posée sur un mannequin métallique, comme dans une boutique de luxe.

De loin, on croit voir une robe coupée dans un cuir tanné et rugueux ; de près, le cuir se révèle être de la viande séchée et salée : des grains de gros sel s’accrochent dans les aspérités de la viande. L’œuvre attirante de loin sur son mannequin provoque parfois de près dégoût et rejet : une robe haute couture se change en écorché. Chair humaine, viande animale, et peau aussi, car la robe épouse les courbes du mannequin.

Cette œuvre mélange différents ordres : celui de l’enveloppe corporelle puisque c’est à la fois un vêtement et une peau, et celui de l’épaisseur charnelle du corps.