MOT-CLEF :   diane-arbus

Diane Arbus (née en 1923) est une des figures les plus marquantes de la “street photgraphie”. Initiée à la potographie par son mari Allan Arbus, ils travaillent en duo pour des magazines, tels que “Harper’s Bazaar” ou “Esquire” comme photographes de mode. Mais rapidement, peu satisfaite de son travail en tandem, elle acquiert son indépendance et décide de se perfectionner. Pour cela elle entre à la New School de New York où elle étudie la photographie avec Marvin Israel, Richard Avedon, mais c’est surtout sa rencontre avec Lisette Model qui sera décisive dans la carrière de Diane Arbus. Toutes deux partagent le même intérêt pour le monde de la nuit et les marginaux. C’est ce goût pour pour les personnages hors normes que nous invitent à comprendre la professeur Eléonore Antzenberger, qui après un merveilleux texte sur “Heartbeat” de Nan Goldin nous fait le plaisir d’un nouveau texte sur Diane Arbus, intitulé “Un Portrait américain à rebours”

La question de la filiation féminine en art, au sens de relation de transmission entre deux femmes, renvoie à celle de la situation des artistes femmes dans le « monde de l’art »[1] : à savoir leur présence exceptionnelle parmi les artistes bénéficiant des meilleures reconnaissance et visibilité, alors même qu’elles sont aussi nombreuses que les hommes à faire œuvre de création[2]. A ce titre, on peut parler de l’obscénité des femmes en art, au sens d’ob-scénité, de hors scène. Ob-scènes, les femmes sont exclues du champ du visible, à mesure qu’elles gagnent les hauteurs des sphères de légitimation sociale définies par Peter Berger et Thomas Luckmann[3], et dont l’une est le monde de l’art. Je propose de montrer comment, dès lors, la filiation féminine en art joue comme clé d’entrée dans ce monde, comment elle contribue à rendre les créatrices « in-scène », aux plans spécifiques de deux des pratiques sociales contribuant à l’exclusion des femmes du monde de l’art : d’une part l’accès à la connaissance en général et aux savoirs artistiques en particuliers, et d’autre part les conditions d’élaboration de la structure psychique requise lors de tout acte de création. Ces deux moments clés de l’exclusion des femmes du monde de l’art ont partie liée, car le refus aux femmes de la position d’autorité congruente à la détention d’un savoir est l’un des biais qui leur ferment automatiquement la possibilité de critique de ce savoir, or le droit d’exercice d’une pensée critique à l’égard de tout domaine de connaissance est à mon sens l’un des jalons indispensables à une attitude créative en ce que la possibilité de critique libère la capacité de transgression, et ouvre au jeu sur les règles et les normes.