MOT-CLEF :   hors-du-centre-pompidou

Dans l’introduction à “Modern Women : Women Artists at the Museum of Modern Art” (Femmes Modernes : Artistes Femmes au Musée d’Art Moderne), un recueil d’essais nouvellement publié par le MoMA, Cornelia Butler affirme sa volonté d’explorer « comment les mouvements, les récits, et finalement les galeries et expositions de musées sont transformés dès que l’on introduit le genre comme catégorie »(1). Voilà précisément le projet d’une telle publication et des nombreuses manifestations qui l’accompagnent. Chaque département du MoMA a été en effet appelé cette année à organiser une exposition d’artistes femmes, donnant lieu à une soudaine visibilité de ces artistes au sein du MoMA, au risque de changer le récit dominant de l’histoire de l’art moderne. « Mind and Matter : Alternative Abstraction 1940s to Now, » une exposition de dessins, de livres illustrés et d’estampes, agrémentée de sculptures, a présenté un ensemble d’œuvres abstraites en opposition à la tradition dure et géométrique dominante(2). Les 12 artistes présentes dans l’exposition (dont 8 figurent dans l’exposition « elles ») explorent à travers l’art abstrait tout ce qui leur est personnel, vécu, concret, inspiré de leurs propres réalités physiques et psychologiques. Nous avons été en contact avec une des deux commissaires de l’exposition, Alexandra Schwartz, attachée de conservation au département Dessin.

L’artiste allemande Rosemarie Trockel, connue pour son humour acerbe et son point de vue féministe toujours provocateur, fait objet cet été de deux rétrospectives importantes en Suisse. Une, au Basel Kunstmuseum, offre un regard approfondi sur les dessins de l’artiste, qui forment une continuité importante au sein d’une œuvre multimédia très complexe et variée. Il s’agit d’une des plus importantes à avoir présenté cet aspect de son travail, trop souvent méconnu en faveur des médias plus « majeurs ». L’autre, « Déliquescence de la mère »au Kunsthalle Zurich, propose une perspective plus vaste sur Rosemarie Trockel, depuis les installations vidéos aux tableaux tricotés en passant par les plaques chauffantes. Les deux expositions, qui se rejoindront en 2011 à Bonn, attirent l’attention vers l’artiste, dont sept dessins et un tableau tricoté figureront dans le nouvel accrochage de « elles » en septembre.

Cette année 2010, à l’occasion de la publication du catalogue “Modern Women : Women Artists at the Museum of Modern Art”, le MoMA de New York, présente de nombreuses expositions d’artistes femmes. Parmi elles, une exposition de sculptures et d’œuvres sur papier de Lee Bontecou : « Lee Bontecou : ‘All Freedom in Every Sense », Cette sculptrice connut un vif succès dans les années soixante avant son retrait de la scène artistique. Redécouverte depuis une grande rétrospective dans trois musées américains en 2003 et 2004, Bontecou a sa place parmi les artistes les plus remarquables de l’époque, travaillant entre abstraction et représentation, peinture et sculpture, nature et artifice, le féminin et le masculin.

Une rétrospective est consacrée à Niki de Saint Phalle au château de Malbrouck jusqu’au 29 aout. Cette exposition a le mérite de présenter un ensemble de 130 œuvres de l’artiste, d’une grande hétérogénéité (peintures, projections vidéos, sculptures, sérigraphies), dans un cadre hors-norme. Alors que l’exposition « elles@ » s’ouvre par deux œuvres d’une grande symbolique, La Crucifixion et La Mariée, l’exposition du château de Malbrouck nous immisce dans l’antre fantastique de son travail, en nous proposant d’emblée des œuvres plus tardives : Les “Trois grâces”, “Totems”, “La Fontaine aux nanas”, ou encore “Adam et Ève”. Les couleurs tourbillonnantes des Nanas nous happent d’entrée. L’éclatement des couleurs dans la cour du château donne un aspect mouvant à ces sculptures étincelantes. De la « Mariée » aux « Nanas », quelque chose s’est rompu. Dans la lignée directe de ce que souhaitais Niki de Saint Phalle, l’exposition de Malbrouck aménage un espace dans lequel les Nanas s’emparent du monde: « J’ai rêvé de Nanas multicolores et géantes, qui pourraient prendre place à l’extérieur, au milieu d’un parc ou d’une place. Je voulais qu’elles prennent le pouvoir sur le monde. » confie l’artiste. Après de longues années de silence, l’exposition actuelle revêt un caractère inédit, en rendant hommage à cette artiste pionnière du XXe siècle dont les institutions consacrent peu de monographies. La rétrospective se place sous le haut patronnage de la Niki Charitable Art Foundation, la Shimoni Gallery et les membres du Conseil général de la Moselle, avec la participation de Bloum Cardenas, petite fille de l’artiste.

Ce vendredi 21 mai 2010 est organisé au MoMA de New York un colloque très attendu « Art Institutions and Feminist Politics Now », auquel participe Camille Morineau, commissaire d’exposition de l’accrochage « elles@centrepompidou ». Le colloque fait suite au succès remporté par l’exposition « elles », initialement prévue jusqu’en mai 2010, reconduite jusqu’en février 2011 avec un nouvel accrochage permettant de valoriser les acquisitions récentes du Musée.

“Lorsque je pointe mon objectif sur quelque chose, je pose une question, à laquelle la photographie permettra peut-être de répondre. En d’autres termes, je ne suis pas celle qui sait ou qui veut prouver quelque chose, mais celle qui reçoit une leçon. ” Et c’est là une des plus précieuses leçons d’une des plus grandes artistes photographes du 20ème siècle : Lisette Model. Aujourd’hui célébrée au Jeu de Paume, Lisette Model, est pour la première fois à l’honneur dans une institution française. Il était temps que la France rende un hommage plus que mérité à cette artiste franco-autrichienne qui a successivement vécu en Autriche, en France pour finalement émigrer en 1938 aux Etats-Unis devant la menace nazie. Installée à New York, la ville fait grande impression sur la jeune femme comme en témoignent les célèbres séries “Reflections” et “Running Legs” où se réflète le rythme effrénée de la mégalopole. Ainsi celle qui se destinait à une carrière de cantatrice, devint une des grandes représentantes de la “Street Photography”. Se laissant guider par l’intuition et l’instinct, Lisette Model s’évertue à mettre à nu ses modèles aussi bien de la haute société, comme dans la série sur la “Promenade des Anglais” (1934), que les anonymes, les mendiants, les aveugles comme dans “Woman with a Shawl” (1950). Cette quête de franchise est certainement une des raisons qui pousse le FBI à surveiller l’artiste dès 1952. Cette pression la pousse à abandonner peu à peu la production pour se consacrer entièrement à l’enseignement et ce jusqu’à sa mort en 1983. Officiant aux côté de Berenice Abbott à la California School of Fina Arts, Lisette Model enseigne à ses élèves, dont Larry Flink, Rosalind Solomon et surtout Diane Arbus avec qui elle noue une longue amitié, que pour réussir une photographie, il faut avant tout photographier avec “ses tripes”. Découvrez ici un nouvel article d’Eléonore Antzenberger, qui après Nan Goldin et Diane Arbus nous offre une balade dans l’univers et l’esthétique de Lisette Model.

En attendant la Journée internationale des droits des Femme le 8 mars prochain, le festival Au Féminin vous donne rendez-vous à la Goutte d’Or du 5 au 8 mars pour une série de spectacles de danse, de théâtre, de poésie, de performance mettant à l’honneur les femmes. Au coeur du 18è arrondissement, ce festival organisé par la compagnie Graines de soleil, est l’occasion de donner vie et paroles à la diversité d’un quartier en perpétuel mutation.

Il y a quelques semaines nous quittait Carole Roussopoulos, pionnière de la vidéo et grande figure de l’action féministe… “le féminisme enchanté, celui qui pouvait rire de tout, qui osait tout” selon les mots de Marie-Claude Martin…

Avec le concours du centre audiovisuel Simone de Beauvoir, voici une biographie de Carole Roussopoulos.

Le Vendredi 22 janvier 2010 se tiendra une soirée hommage, à 20h30 au théâtre Montfort, 106, rue Brancion (Paris XV).

Après les Etats-Unis, avec Wack! Art and The Feminist Revolution et Global Feminisms et la France avec elles@centrepompidou, c’est au tour de la Grande Bretagne de mettre à l’honneur les artistes femmes, avec en ce moment l’exposition The Body in Women’s Art Now à la Rollo Contemporary Art de Londres.

« Les femmes parlent 1989-2009 »… les femmes parlent enfin, pourrait-on dire ! Ou plutôt : enfin, les hommes n’empêcent plus les femmes de parler. Si l’accrochage elles@centrepompidou répondait déjà à cette nécessité de redonner la parole aux artistes femmes, voici que la galerie Gandy, à Bratislava, nous montre combien il est essentiel que toutes les femmes à travers une Europe soit-disant réunifiée, accèdent aux mêmes espaces de parole : les œuvres d’art.

Voici quelques clefs pour comprendre la nécessité d’une telle exposition et mettre en avant deux des artistes qui y sont présentées.