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Une rétrospective est consacrée à Niki de Saint Phalle au château de Malbrouck jusqu’au 29 aout. Cette exposition a le mérite de présenter un ensemble de 130 œuvres de l’artiste, d’une grande hétérogénéité (peintures, projections vidéos, sculptures, sérigraphies), dans un cadre hors-norme. Alors que l’exposition « elles@ » s’ouvre par deux œuvres d’une grande symbolique, La Crucifixion et La Mariée, l’exposition du château de Malbrouck nous immisce dans l’antre fantastique de son travail, en nous proposant d’emblée des œuvres plus tardives : Les “Trois grâces”, “Totems”, “La Fontaine aux nanas”, ou encore “Adam et Ève”. Les couleurs tourbillonnantes des Nanas nous happent d’entrée. L’éclatement des couleurs dans la cour du château donne un aspect mouvant à ces sculptures étincelantes. De la « Mariée » aux « Nanas », quelque chose s’est rompu. Dans la lignée directe de ce que souhaitais Niki de Saint Phalle, l’exposition de Malbrouck aménage un espace dans lequel les Nanas s’emparent du monde: « J’ai rêvé de Nanas multicolores et géantes, qui pourraient prendre place à l’extérieur, au milieu d’un parc ou d’une place. Je voulais qu’elles prennent le pouvoir sur le monde. » confie l’artiste. Après de longues années de silence, l’exposition actuelle revêt un caractère inédit, en rendant hommage à cette artiste pionnière du XXe siècle dont les institutions consacrent peu de monographies. La rétrospective se place sous le haut patronnage de la Niki Charitable Art Foundation, la Shimoni Gallery et les membres du Conseil général de la Moselle, avec la participation de Bloum Cardenas, petite fille de l’artiste.

Du 2 au 11 avril 2010, le festival «Films de Femmes» se déroule à la Maison des Arts de Créteil, avec près de 150 films, dont de nombreux inédits. A cette occasion, une soirée sera consacré aux artistes femmes le 8 avril, parmi lesquelles Niki de St. Phalle, Sonia Delaunay ou encore Sophie Calle. Le lendemain, le 9 avril, au cours de la soirée de gala célébrant les 40 ans du MLF, le film Daddy coréalisé par Niki de St.Phalle et Peter Whitehead ainsi que plusieurs films de Carole Roussopoulos seront présentés.

Un Dimanche Une Oeuvre/Tir de Niki de Saint Phalle
14 février 2010 à 11h30 dans la Petite Salle.

Niki de Saint Phalle connut ses premiers succès avec ses “Tirs”, imaginés en 1961 : des sacs de couleurs et, plus tard, des bombes de peinture, étaient enfouis dans une couche de plâtre blanc. L’oeuvre trouve sa forme définitive lorsque des amateurs tirent, au hasard, sur le relief. Participant à la création, ils font “saigner la peinture” qui est alors “blessée, de la manière dont les gens peuvent être blessés”. Cette déclaration de l’artiste invite à interroger les enjeux de cette singulière manière d’achever la peinture.
Conférence présente par Denys Riout, historien de l’art émérite à l’université Paris-1.

La question de la filiation féminine en art, au sens de relation de transmission entre deux femmes, renvoie à celle de la situation des artistes femmes dans le « monde de l’art »[1] : à savoir leur présence exceptionnelle parmi les artistes bénéficiant des meilleures reconnaissance et visibilité, alors même qu’elles sont aussi nombreuses que les hommes à faire œuvre de création[2]. A ce titre, on peut parler de l’obscénité des femmes en art, au sens d’ob-scénité, de hors scène. Ob-scènes, les femmes sont exclues du champ du visible, à mesure qu’elles gagnent les hauteurs des sphères de légitimation sociale définies par Peter Berger et Thomas Luckmann[3], et dont l’une est le monde de l’art. Je propose de montrer comment, dès lors, la filiation féminine en art joue comme clé d’entrée dans ce monde, comment elle contribue à rendre les créatrices « in-scène », aux plans spécifiques de deux des pratiques sociales contribuant à l’exclusion des femmes du monde de l’art : d’une part l’accès à la connaissance en général et aux savoirs artistiques en particuliers, et d’autre part les conditions d’élaboration de la structure psychique requise lors de tout acte de création. Ces deux moments clés de l’exclusion des femmes du monde de l’art ont partie liée, car le refus aux femmes de la position d’autorité congruente à la détention d’un savoir est l’un des biais qui leur ferment automatiquement la possibilité de critique de ce savoir, or le droit d’exercice d’une pensée critique à l’égard de tout domaine de connaissance est à mon sens l’un des jalons indispensables à une attitude créative en ce que la possibilité de critique libère la capacité de transgression, et ouvre au jeu sur les règles et les normes.