MOT-CLEF :   portrait

Le Centre Pompidou organise, à partir de ce mercredi 23 juin 2010, une exposition inédite présentant les derniers travaux de la photographe Valérie Jouve. Le musée est la première grande institution parisienne à présenter une exposition personnelle de cette dernière, sous la direction du commissaire Quentin Bajac, conservateur et chef du cabinet de la photographie au Centre. Cet ensemble de photographies explore différentes dimensions de la présence de l’humain dans la ville. Valérie Jouve concentre ici son regard sur les communautés et populations arabes dans les territoires autonomes palestiniens. Inscrite dans une tradition photographique proche de celle de l’américain Walker Evans, Valérie Jouve saisit des figures entre image documentaire et mise en scène. “Donner à sentir ce que je sens. Je ne veux pas faire comprendre”, à travers cette phrase du “Journal de Palestine” publié à l’occasion de l’exposition, Valérie Jouve décrit une démarche intuitive. “En attente”, le titre de l’exposition évoque les moments de pause et les poses hors du temps qu’elle demande à ses personnages de réaliser. Basculant sans cesse entre réalité scrupuleuse et amorce fictionnelle, le travail de Valérie Jouve, dessine des territoires qui échappent à toute définition.

Il y a peu la galerie Chantal Crousel nous présentait les dernières créations de celle qui fit sensation au Centre Georges Pompidou en 1994 avec son installation “Corps étrangers” (1994) – à voir dans la section « une chambre à soi » de l’accrochage « Elles » au niveau 4. Comme à son habitude, et pour notre plus grand plaisir ou effroi, l’artiste détourne les objets du quotidien en se jouant des échelles et des matériaux, plaçant alternativement le spectateur dans un état d’émerveillement et de stupeur. Ainsi sont associés des objets du quotidien comme des cheveux, des meubles… à des éléments de l’espace public comme des fils barbelés, boulets de canon…. Mona Hatoum se plaît à corrompre les objets du quotidien pour en révéler la violence et l’insécurité latente. Nous retrouvons dans cette exposition les leitmotive de l’artiste : les cartes géographiques (Routes V, 2008 ; 3-D Cities, 2008), les toiles et les grilles (Impenetrable, 2009 ; Hair Grids with Knots, 2006), les ampoules (Natura morta, 2010). Ces associations aux accents de confrontations puissantes perturbent la lecture du spectateur qui se perd dans la toile que tisse et défait l’artiste.

“Lorsque je pointe mon objectif sur quelque chose, je pose une question, à laquelle la photographie permettra peut-être de répondre. En d’autres termes, je ne suis pas celle qui sait ou qui veut prouver quelque chose, mais celle qui reçoit une leçon. ” Et c’est là une des plus précieuses leçons d’une des plus grandes artistes photographes du 20ème siècle : Lisette Model. Aujourd’hui célébrée au Jeu de Paume, Lisette Model, est pour la première fois à l’honneur dans une institution française. Il était temps que la France rende un hommage plus que mérité à cette artiste franco-autrichienne qui a successivement vécu en Autriche, en France pour finalement émigrer en 1938 aux Etats-Unis devant la menace nazie. Installée à New York, la ville fait grande impression sur la jeune femme comme en témoignent les célèbres séries “Reflections” et “Running Legs” où se réflète le rythme effrénée de la mégalopole. Ainsi celle qui se destinait à une carrière de cantatrice, devint une des grandes représentantes de la “Street Photography”. Se laissant guider par l’intuition et l’instinct, Lisette Model s’évertue à mettre à nu ses modèles aussi bien de la haute société, comme dans la série sur la “Promenade des Anglais” (1934), que les anonymes, les mendiants, les aveugles comme dans “Woman with a Shawl” (1950). Cette quête de franchise est certainement une des raisons qui pousse le FBI à surveiller l’artiste dès 1952. Cette pression la pousse à abandonner peu à peu la production pour se consacrer entièrement à l’enseignement et ce jusqu’à sa mort en 1983. Officiant aux côté de Berenice Abbott à la California School of Fina Arts, Lisette Model enseigne à ses élèves, dont Larry Flink, Rosalind Solomon et surtout Diane Arbus avec qui elle noue une longue amitié, que pour réussir une photographie, il faut avant tout photographier avec “ses tripes”. Découvrez ici un nouvel article d’Eléonore Antzenberger, qui après Nan Goldin et Diane Arbus nous offre une balade dans l’univers et l’esthétique de Lisette Model.

Nous savons le statut, ô combien réducteur, réservé à la femme dans le surréalisme. Entre la sorcière, l’hystérique, la putain ou la muse, cela ne laisse guère de place à la création. Comme l’ont pu l’expérimenter Dora Maar, Claude Cahun ou encore Meret Oppenheim, ce n’est finalement qu’en dehors du cercle surréaliste, que pour une femme la création peut se développer librement. C’est aussi le parcours de celle qui fut la muse d’André Breton : Jacqueline Lamba. Surtout connnu aujourd’hui pour avoir été la deuxième femme du pape du surréalisme, Jacqueline Lamba l’est beaucoup moins pour son activité de peintre. C’est aujourd’hui chose faite grace à une spécialiste de l’artiste et du surréalisme, Alba Romano Pace. Cette dernière, qui publiera cette année un ouvrage monographique intitulé “Jacqueline Lamba. Muse de l’Amour fou, peintre rebelle”, nous invite à découvrir l’oeuvre lyrique et vaporeuse de la peintre, au rythme de ses passions amoureuses, de ses voyages et de ses rencontres.

L’artiste Geneviève Asse est à l’honneur en ce début d’année 2010. Après une grande rétrospective au musée des Beaux-arts de Rouen (26 novembre 2009-28 février 2010) c’est au tour de la Galerie Catherine Putman, qui édite depuis 1990 ses gravures, de lui consacrer pour la première fois une exposition monographique. Cette dernière, intitulée “Impressions”, réunie une trentaine d’oeuvres récentes de petits formats (huiles sur papier, huile sur toile, collages), qui forment de véritables expériences de lumière et d’espace. A découvrir donc jusqu’au 6 mars à la Galerie Catherine Putman située 40 rue Quincampoix à Paris.

A découvrir sur le blog “elles” le film « UNE PEINTURE IMPURE à partir et au-delà d’Anna-Eva Bergman » (Fondation Hartun/Bergman 2002) conçu et réalisé par Ceacilia Tripp (artiste) et Jean- Christophe Royoux (historien de l’art). Il s’agit d’un essai qui ne relève ni du documentaire de vulgarisation, ni d’une synthèse de connaissances minutieusement vérifiées sur l’œuvre d’Anna-Eva Bergman.
La caractéristique du discours dont il s’agit, relève d’une parole non-savante donc risquée, formulée par un critique d’art et reformulée par une artiste engagés l’un et l’autre, à partir de deux lieux différents, dans la réflexion et la pratique de l’art d’aujourd’hui.
La pratique de peintre d’Anna-Eva Bergman qui aura durée un demi-siècle, fonctionne dans ce projet comme un chemin de traverse pour interroger l’aujourd’hui, le maintenant.
L’art que l’on dit « abstrait », dont Anna-Eva Bergman proposa l’une des multiples versions possibles, est le fil conducteur du propos. L’enjeu est double : faire naître une (des) parole(s) inédite(s) sur une forme artistique majeure du XXe siècle à partir de l’œuvre d’une artiste mal connue ; mais aussi révéler la particularité discursive d’un genre – le discours critique – en inventant un format susceptible de déplacer ses modalités d’énonciation habituelles. La règle est simple : un duo (un critique, une artiste/cinéaste) invente une forme pour dire quelque chose sur leur conception de l’art à partir du point de départ que constitue l’œuvre d’Anna-Eva Bergman.
La vidéo “Une Peinture impure” est accompagnée d’un texte biographique écrit par Mlle Annie Claustres, maître de conférence en art contemporain à l’université Lumière Lyon 2.

A l’occasion de l’accrochage elles@centrepompidou et du cycle des lectures au musée associées, Michelle Perrot viendra le jeudi 14 janvier lire quelques passages du livre qu’elle vient de publier : “Histoires de Chambres” (2009).
Professeur émérite de l’Université Denis Diderot-Paris 7, Michelle Perrot entame sa carrière à la Sorbonne avant de rejoindre l’Université Paris 7 au début des années 1970. Sous l’impulsion des mouvements féministes, elle s’ intéresse à l’histoire sociale des femmes et co-fonde en 1974 le Groupe d’Etudes féministe. Elle co-dirige ensuite avec Georges Duby la première grande synthèse que sont les cinq volumes de “L’Histoire des Femmes en Occident, de l’Antiquité à nos jours” (Plon, 1991-1992).qui aura pour suite “Mon histoire des femmes” (Seuil, 2006). Elle a également publié un ensemble d’articles dans “Les femmes ou les silences de l’histoire”, Flammarion, 1998. Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

Le lecture de passages de “Histoires de chambres” aura lieu le jeudi 14 janvier 2010 à 19h30, au niveau 4 du Centre Pompidou, dans la section « une chambre à soi ».

Rencontre avec Maguy MARIN, centre Pompidou,
DIMANCHE 8 NOVEMBRE 2009, 15h00, petite salle, entrée libre.

Maguy MARIN sera présente au centre Pompidou dans le cadre du festival vidéodanse - une programmation autour des chorégraphes femmes en rapport avec l’accrochage elles@centrepompidou. La rencontre sera animée par Irène Filiberti.

“Un faire nourri par un étonnement inapaisable de ce qui compose le monde. Un monde que l’on agence et qui nous constitue. ”
Cette phrase de Maguy Marin permet de rentrer dans son univers, dans le contexte intellectuel de ses créations exigeantes…

JEUDI 5 NOVEMBRE 2009, à 20h00, Cinéma 2, centre Pompidou.

Soirée autour d’Anna Halprin, en présence de Jacqueline Caux composée d’une première diffusion française d’extraits de “Parades and Changes” et du portrait par Jacqueline Caux intitulé “WHO SAYS I HAVE TO DANCE IN A THEATER - ANNA HALPRIN”.

Comment classer cette chorégraphe exceptionnelle qui, actuellement encore, cherche à pratiquer son art dans une volonté avouée de le rendre util ? Fuyant l’effet de sclérose que peut entraîner la constitution en mouvement d’artistes pratiquant pourtant des ruptures qu’elle reconnait, Anna Halprin cherchera toute sa vie à renouveler, renforcer et faire aimer la danse.

ART ET GENRE /

Marion Kalter est photographe. A la fin des années 1970, elle écrit un mémoire sur des femmes créatrices et réalise leurs portraits. Le blog de elles@centrepompidou publie un texte évoquant son expérience et une sélection de ces photos.

“En 1976, j’ai 25 ans.
Je commençais tout juste à m’intéresser à la photographie. J’avais étudié l’histoire de l’art et la peinture. Devenue photographe, je n’ai pas ressenti la difficulté d’être une femme. Pour deux raisons : d’une part, je suis arrivée au moment où le féminisme était dans son effervescence en mai 68, et d’autre part ayant perdu ma mère et ma grand mère très jeune, enfant unique très vite livrée à elle-même, je me suis retrouvée dans une liberté affolée.”

Marion Kalter

Portrait de Maria Elena Viera da Silva