MOT-CLEF :   sculpture

Dans l’introduction à “Modern Women : Women Artists at the Museum of Modern Art” (Femmes Modernes : Artistes Femmes au Musée d’Art Moderne), un recueil d’essais nouvellement publié par le MoMA, Cornelia Butler affirme sa volonté d’explorer « comment les mouvements, les récits, et finalement les galeries et expositions de musées sont transformés dès que l’on introduit le genre comme catégorie »(1). Voilà précisément le projet d’une telle publication et des nombreuses manifestations qui l’accompagnent. Chaque département du MoMA a été en effet appelé cette année à organiser une exposition d’artistes femmes, donnant lieu à une soudaine visibilité de ces artistes au sein du MoMA, au risque de changer le récit dominant de l’histoire de l’art moderne. « Mind and Matter : Alternative Abstraction 1940s to Now, » une exposition de dessins, de livres illustrés et d’estampes, agrémentée de sculptures, a présenté un ensemble d’œuvres abstraites en opposition à la tradition dure et géométrique dominante(2). Les 12 artistes présentes dans l’exposition (dont 8 figurent dans l’exposition « elles ») explorent à travers l’art abstrait tout ce qui leur est personnel, vécu, concret, inspiré de leurs propres réalités physiques et psychologiques. Nous avons été en contact avec une des deux commissaires de l’exposition, Alexandra Schwartz, attachée de conservation au département Dessin.

Dans la salle ‘Genital Panic’ de l’exposition « elles, » parmi les photographies, peintures, films, à côté d’Aktionshose : Genitalpanik de VALIE EXPORT, s’impose une sculpture tissée en sisal, à la surface irrégulière. Elle a la forme d’un vagin démesuré, monumental, à l’intérieur noir et troublant. Il s’agit de l’’Abakan Grand Noir’ de Magdalena Abakanowicz. Figurant dans la première série d’œuvres majeures de l’artiste, l’œuvre semble fort éloignée de ses sculptures asexués en bronze regroupées en foule, comme dans Agora, 2005, ou de ses troncs d’arbre métamorphosés en cannons de la série ‘War Games’, 1987-89. Pourtant, malgré leur diversité, ces œuvres ont de nombreux points communs : toutes témoignent d’une exploration approfondie de la matière, créent un espace qu’il faut négocier, et font preuve d’une profonde sensibilité humaniste, formée par l’expérience du totalitarisme. S’il s’agit là de trois points de vue différents sur l’œuvre d’Abakanowicz, il est impossible de les séparer, de parler de l’un sans déborder sur les deux autres. Elle approche la condition humaine à travers les matériaux de son art, et vice versa – une identité de forme et de contenu dont l’œuvre tire sa puissance.

Cette année 2010, à l’occasion de la publication du catalogue “Modern Women : Women Artists at the Museum of Modern Art”, le MoMA de New York, présente de nombreuses expositions d’artistes femmes. Parmi elles, une exposition de sculptures et d’œuvres sur papier de Lee Bontecou : « Lee Bontecou : ‘All Freedom in Every Sense », Cette sculptrice connut un vif succès dans les années soixante avant son retrait de la scène artistique. Redécouverte depuis une grande rétrospective dans trois musées américains en 2003 et 2004, Bontecou a sa place parmi les artistes les plus remarquables de l’époque, travaillant entre abstraction et représentation, peinture et sculpture, nature et artifice, le féminin et le masculin.

Vanitas - Robe de chair pour albinos anorexique de Jana Sterbak (1987) est exposée dans la section Corps Slogan de l’accrochage. Cette élégante « robe de chair » est posée sur un mannequin métallique, comme dans une boutique de luxe.

De loin, on croit voir une robe coupée dans un cuir tanné et rugueux ; de près, le cuir se révèle être de la viande séchée et salée : des grains de gros sel s’accrochent dans les aspérités de la viande. L’œuvre attirante de loin sur son mannequin provoque parfois de près dégoût et rejet : une robe haute couture se change en écorché. Chair humaine, viande animale, et peau aussi, car la robe épouse les courbes du mannequin.

Cette œuvre mélange différents ordres : celui de l’enveloppe corporelle puisque c’est à la fois un vêtement et une peau, et celui de l’épaisseur charnelle du corps.

Françoise Héritier
Dans le cadre de “Lectures au Musée”
Lundi 8 juin, 19h30

Rosalind Nashabashi
Cinéma 2, projection de trois films de la plasticienne Rosalind Nashabashi.
Mercredi 10 juin, 19h00

Germaine Richier
Dans le cadre de “Un dimanche, une oeuvre”
Discussion autour de “L’orage” et de ‘L’ouragane” par Valérie Da Costa.
Dimanche 14 juin, 11h30

Les pionnières
“Films de danse”
Jeudi 4 juin / 20h00
Mise en perspective des écritures chorégraphiques de trois pionnières de la danse moderne.

Elisabeth Ballet
“Un dimanche, une oeuvre”
Dimanche 7 juin / 11h30
Discussion entre Elisabeth Ballet et Elisabeth Lebovici autour de Leica.

Mâkhi Xenakis, sculptrice et dessinatrice française, est formée d’abord auprès de Paul Virilio à l’architecture et aux décors de théâtre. C’est lors d’un séjour de deux ans à New York (1988-89) qu’elle se tourne définitivement vers sculpture et dessin ; sa rencontre avec Louise Bourgeois est ici déterminante, et elle publiera avec elle L’aveugle guidant l’aveugle en 1998 (rééd. en 2008). En 2004-2005, elle réalise l’installation des Folles d’Enfer à la Salpêtrière, qui voyage ensuite à la Passerelle, à Brest.
Les folles d’enfer, film réalisé par Mâkhi Xenakis lors de l’exposition au centre d’art La Passerelle, à Brest, 18 février-18 mars 2006. 

 

« Ce film est dédié à toutes les femmes anonymes de la Salpêtrière afin qu’elles ne replongent de nouveau dans l’oubli et que leur histoire nous aide à mieux comprendre la nôtre ».

Mâkhi Xenakis, 2006